À propos

Picasso était un génie.
Et un géant. Capable d’aborder tous les genres, tous les styles, toutes les techniques.
Et un ogre. Qui pouvait avaler et digérer toute l’histoire de l’art. Les fresques romanes, l’illusionnisme renaissant, les décors grecs, la sculpture ibérique, la poterie pré-colombienne, l’art nègre. Et aussi Ingres, Goya, Delacroix, Vélasquez.
Et un démiurge. Qui savait, à partir de papiers collés, de tôles découpées ou de peinture, faire surgir tout un monde. Et détruire certains de ses travaux.
Un tableau de Picasso ne s’explique jamais par celui qui le précède. L’oeuvre du jour n’est pas la conséquence du dessin de la veille. Mais le résultat d’un saut, d’un coup de dés, d’une ouverture imprévue.
Chez Aatchi & Aatchi, personne ne s’appelle Picasso.
Les productions y passent de main en main. Et sous le regard de l’autre, se métamorphosent en un objet inattendu, changent d’état, se transforment sans arrêt pour ne pas se perdre*.
Et se révèlent.
A l’insu de celui qui les a conçues.

Emprunt.
Le silence d’abord. Puis une voix nasillarde. Forte. Qui déclame, plus que parle.
Blaise Cendrars raconte comment, en 1924, il a découpé et monté Documentaires. Comme un court métrage. Et inventé la vingtaine de poèmes qui compose le recueil en taillant à coups de ciseaux dans un livre en prose, Mystérieux docteur Cornélius. Ecrit par quelqu’un d’autre.
Vingt poèmes publiés sous son nom. A lui.

Une oeuvre a toujours un auteur.
Unique.
Et une signature. Pour l’identifier, l’authentifier.
Quand elle est collective, l’oeuvre a aussi un auteur. Mais on s’en aperçoit moins. A cause de la liste des noms.
Comme si la multiplicité effaçait l’idée même d’auteur.
Comme si l’unique ne pouvait surgir du multiple.
Ou parce qu’il n’y a rien d’autre à voir que l’oeuvre. Et son processus de création.
Plus de créateur parti de rien. Plus de dieu sur Terre, plus d’ego, plus de style. Et la propriété - privée de ses droits habituels.

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(*) Edouard Glissant